Je suis allée au ciné, un type m’a fait chier

 

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Je suis allée au cinéma, seule, comme d’habitude, pour voir La Grande Vadrouille projetée dans le cadre UGC Culte.
Je suis arrivée dans la salle 20 minutes avant la séance, et elle était déjà bien remplie, surtout les rangées du milieu (la salle est divisée en trois). Je ne tente même pas de m’incruster et me tourne vers les rangées de gauche, puisque c’est de là que je suis arrivée (logique extrême). Première rangée : un couple installé au début. Pas envie de les déranger, je choisis donc la seconde rangée. Il y a bien un homme d’installé mais il est au bout. Je m’installe donc au début, troisième fauteuil, pour ne pas être devant le couple (je ne sais pas pourquoi je fais ça, je suis si petite que ma tête ne dépasse pas du fauteuil). Alors que je pose mon sac sur le siège à côté, l’homme m’invite à m’asseoir à côté de lui. Je refuse en souriant poliment, pour ne pas le vexer. Je me demande quand même comment il peut croire qu’une femme va aller s’asseoir à côté d’un parfait inconnu, même dans un lieu bondé. Il réitère sa proposition, je refuse à nouveau. Je m’assois et sors mon Stephen King dans lequel je me plonge ostensiblement. Il me parle, mais je ne comprend pas ce qu’il dit et ne répond pas. J’ai juste levé les yeux de mon livre, brièvement, avec un sourire de politesse. Apparemment, pour lui, c’était une invitation, puisqu’il s’est levé et s’est rapproché de quelques sièges. Il me demande ce que je lis, et je me contente de lui montrer la couverture. J’ai de plus en plus de mal à me concentrer sur ma lecture, et je commence à avoir chaud.
Les gens continuent d’arriver, la salle se remplit de plus en plus. « On dirait que la salle va être pleine ». « Hmm hmm ». Je veux qu’il me foute la paix. Je ne comprends pas qu’il ne comprenne pas que je ne veux pas faire sa connaissance et lui parler. Je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à lui dire de me laisser tranquille. Peut-être parce que je n’ai pas envie de le vexer, parce qu’il ne faut pas vexer un homme qui tente une approche, les pauvres, c’est déjà si dur de faire le premier pas. Parce que je ne veux pas non plus me donner en spectacle et me sentir ridicule. Parce que je suis tout simplement habituée à fermer ma gueule et à m’écraser, comme mon papa me l’a si bien appris durant toute mon enfance et mon adolescence. C’est un automatisme. Je ne change pas de place, parce que je ne veux pas être impolie, le vexer et aussi parce que ce n’est pas à moi de le faire, c’est lui qui est venu.
Entre temps, une famille est venue s’installer devant nous. Même si c’est une petite fille qui s’installe sur le siège devant moi, je suis gênée par la tête de son père/oncle/je m’en tape, ce qui est presque un soulagement, puisque ça me donne une bonne raison de bouger, s’il le faut. « Je vais m’installer à côté de toi ». Il le faut. Je me lève, prends mes affaires en disant « Non mais je vais changer de place », toujours en souriant poliment.
Je choisis une rangée vide, et m’installe au bout, sans trop réfléchir. Il aurait pu me suivre et s’installer à côté de moi, j’aurais été bloquée contre le mur. Je m’assois. J’ai chaud, je sens que j’ai les joues rouges, je suis hyper nerveuse, au point de sentir ma mâchoire se contracter, comme quand j’ai envie de pleurer.
Je suis furieuse, contre lui, qui m’a gâché ma soirée,contre moi qui n’ait pas réussi à réagir promptement. Pourtant j’ai déjà engueulé un mec qui aurait pu m’étaler d’une seule gifle, et je n’étais pas aussi entourée que dans cette salle de cinéma. Il n’étais pas « méchant », pas agressif, mais il aurait du comprendre dès le début et ne pas insister. Je n’aurais pas du avoir à me déplacer.
Le film se termine, les gens se lèvent pour partir. Je regarde derrière, vois qu’il n’est pas encore sorti de sa rangée. Je me précipite et m’insère dans la foule pour être sûre qu’il ne me repère pas (il faut bien une compensation à ma mini-taille). Je laisse tomber l’idée de manger un morceau dans un des restos du coin et rejoint ma voiture pour rentrer directement.

 

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« Je reste pour les enfants »

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« Je suis restée pour toi et ton frère, maintenant je reste pour les petits-enfants ».

Ma mère est assise sur son lit, le lendemain du retour des vacances à la mer, avec mon père, évidemment, les deux enfants de mon frère, et le chien. C’est le bordel un peu partout, entre le linge à laver, le linge à étendre, le linge sec à repasser et à ranger dans les sacs, pour le prochain départ, dans quatre jours, à la montagne, cette fois. « Je lui dirais bien de partir tout seul ». Elle voulait diminuer ses cachets, mais elle n’a pas réussi. Parce qu’il l’engueule tout le temps, quoiqu’elle fasse. Devant les enfants, devant tout le monde. Elle craque, parfois, elle pleure, et ses petits-enfants lui demandent pourquoi. Si elle joue à un jeu sur son téléphone, ça ne va pas. Si elle colorie, ça ne va pas. Elle se demande parfois si son mari n’est pas un pervers narcissique. Elle regrette de n’avoir jamais rien dit pendant 35 ans, par rejet du conflit. Maintenant, il ne supporte pas de l’entendre le contredire, lui dire « non ». Il n’est pas habitué à voir son autorité rejetée.
Elle a 58 ans. Il en a 71. Onze ans qu’il est à la retraite, qu’il passe ses journées seul, avec son chien. Onze ans qu’il la regarde travailler, s’impliquer, ramener du travail à la maison, le soir, le week-end. Le matin, elle part très tôt, pour pouvoir travailler un peu avant que ses élèves n’arrivent. Même ça, il commence à le lui reprocher, alors qu’ils font chambre à part, parce qu’elle ronfle et l’empêche de dormir. Le soir, elle revient, se fait une boisson chaude, puis travaille devant son PC. Puis il faut s’occuper du linge aussi, lui ne le fait pas, il ne l’a jamais fait. Il est en bas, il prépare le dîner en écoutant la radio. Il regarde la télé. Il fulmine, parce que même quand elle est là, il est seul. Il dit qu’elle se croit à l’hôtel, puisqu’elle ne descend que pour manger et remonte après avoir débarrassé la table. Parfois elle travaille sur la table de la salle à manger, pendant qu’il cuisine, ou après manger, quand il regarde la télé. Il finit toujours par s’endormir, alors à quoi ça sert ?
La maison est à lui, à l’époque elle avait refusé de mettre son nom, parce qu’elle ne voulait pas qu’on croit qu’elle l’épouse pour son argent. L’appartement est à lui. Elle n’a rien. Parfois, elle a l’impression qu’il va la jeter dehors. Elle ne peut rien dire sans qu’il s’énerve. Pas de questions sur l’itinéraire. Pas de critique sur le repas qu’il a préparé. « Oui ben je vais arrêter de cuisiner hein ». Pas de refus de sortir à la mer, un dimanche, sinon il fait du chantage. Elle a essayé de me le dire, un dimanche, justement. Je n’avais pas spécialement envie d’y aller, mais mon père avait décrété que si, il fallait m’emmener à la mer, au restaurant, avant leur départ en vacances, et parce que deux ou trois semaines plus tôt, ils s’en étaient fait un tous les deux. Comme s’il fallait compenser quelque chose. Sur la route, il s’arrête pour aller uriner. Ma mère, à l’arrière, avec son travail qu’elle a emmené, commence à parler : « Il m’a fait du chantage pour que je vienne ». Je l’ai interrompue, je lui ait dit que je ne voulais pas être mêlée à leurs histoires de couple. Au restaurant, toujours le même qui ne renouvelle jamais sa carte pourtant limitée à la base (Gordon Ramsay n’approuverait pas), ma mère boit, un peu trop. Elle marmonne dans sa barbe et est au bord des larmes quand je lui dis que je ne comprends pas quand elle parle. Elle reprend mon père sur le nom d’un lieu alors qu’en fait, il ne s’était pas trompé. Elle est un peu malade, alors pendant qu’on va promener le chien, elle reste dans la voiture, à l’arrière, allongée. J’ai finalement à peine vu la mer, on ne s’est pas attardés. Au retour, il a fallu qu’on insiste lourdement pour qu’elle se redresse et attache sa ceinture. Je me suis dit « plus jamais ».

Ma mère est assise sur son lit. Je suis assise sur la chaise de son bureau, devant son PC, sur lequel je viens de transférer leurs photos de vacances. Je suis venue pour leur dire bonjour et déjeuner avec eux. Mon père l’engueule tous les jours, lui dit qu’elle ne va pas bien, qu’elle est en dépression. Est-ce qu’il se met en cause une seule fois ? Je ne crois pas. Est-ce que c’est normal d’engueuler quelqu’un qui est en dépression ? J’ai un doute. Elle dit qu’il ne va pas bien non plus, que beaucoup de choses le préoccupent, et qu’il projette tout ça sur elle, parfois sur les enfants, qu’il ne supporte pas longtemps. Il voudrait qu’ils soient sages, qu’ils ne bougent pas, ne crient pas, ne parlent pas trop fort. Mais ce sont des enfants, alors c’est impossible. Leurs parents sont de véritables cas sociaux, le genre de personnes qui n’auraient jamais du avoir d’enfants, en fait. Il faut toujours rattraper les conneries du père, et être constamment dans l’attente de la prochaine. Le mail envoyé par ma mère pour les secouer n’a rien changé. Ils s’engueulent, ne font rien, ne s’occupent pas des enfants. Les grands-parents paient tout, pendant que mon frère joue 500 euros au Poker en ligne. Il touche une prime de 700 euros mais ne songe même pas à les dépenser pour ses enfants. Non, c’est pour les blu-ray, les parties de poker, les paris sur les courses de chevaux. Quand ma tante, en visite, et moi sommes allées dîner au restaurant dans lequel il travaille, il ne nous a même pas invitées. Moi, je m’en fiche (même si c’est moi qui ait payé alors que j’étais à découvert), mais je sais que ça aurait fait plaisir à ma tante. Pour lui, s’occuper de ses enfants, c’est leur acheter des films. Sa compagne n’est pas mieux. C’est elle qui a voulu faire deux enfants à ce retardé, probablement poussée par sa mère. On a eu de la chance, elle en voulait quatre. Elle les aime mais ne peut pas les supporter plus de cinq minutes, montre en main. En vacances, elle laisse ma mère s’en occuper, pendant qu’elle fume, fait ses mots fléchés ou lit. Il faut que ma mère insiste pour qu’elle se bouge. Ils sont en vacances, vous comprenez, ils se reposent. Puis il y a leur fille, aussi, moi. Qui boit franchement trop, de plus en plus (plus autant depuis qu’elle a quitté la maison, mais ça, forcément, ils ne peuvent pas s’en rendre compte). Cette peur du coma éthylique. Et probablement cette peur de la voir cacher à nouveau ses bras. De devoir un jour appeler les urgences parce qu’elle aura coupé trop profond, comme l’autre fois, quand elle était à Paris. C’est pour ça qu’il fallait que je revienne, pour m’avoir à l’œil, puis, comme ça, mon père était moins seul la journée. Maintenant que je suis partie, il doit se sentir seul, inutile. Et pour quelqu’un qui a passé sa vie à régenter tout le monde, ça ne doit pas être facile.

« Si je pars, il me pourrira la vie »

De toute façon, elle n’a nulle part où aller. Pas vraiment d’amis, même parmi ses collègues. Personne à qui se confier. Et moi qui lui ait dit que je ne voulais pas me mêler de leurs histoires de couple. Papa se plaint de Maman, Maman se plaint de Papa. Je déteste être là, impuissante. Impossible d’amener mon père à se remettre en question, impossible d’aider ma mère à aller mieux. Je dois juste rester là, et écouter. Comme je dois écouter mon frère raconter ses conneries quand je le vois, parce qu’il est tellement loin dans sa tête qu’il ne changera jamais. Comme je dois écouter ma belle-soeur raconter des mensonges, alors que je sais très bien qu’elle ne change même pas régulièrement les draps des lits de ses enfants et qu’elle met son bordel dans leurs chambres. Comme je dois voir mes filleuls être paumés, constamment baladés, et engueulés par tout le monde. En me demandant quels adolescents et quels adultes ils vont devenir avec tout ça. Parfois je me dis que je suis la seule à avoir un peu de bon sens dans cette famille, ce qui est franchement affligeant, avec mes tendances alcooliques, mes 20 kilos de trop, mes cicatrices, mes découverts et mon incapacité à trouver ce que je veux faire dans la vie à 31 ans. Tout le monde se plaint, personne ne m’écoute. C’est pour ça que je voulais partir plus loin, parce que de toutes façons, il n’y a strictement rien que je puisse faire. Mais ma mère serait encore plus seule. Mes filleuls ne pourraient pas se réfugier chez moi. S’il y a une solution à tout ça, je ne vois pas laquelle.

« Je suis restée pour mes enfants, maintenant je reste pour mes petits-enfants ».

Ça me rend triste, et en colère. Mon frère et moi, on est adoptés. Il a fallu faire de longues démarches et être patients pour nous avoir. Pourquoi elle est passée par tout ça, si elle voulait se barrer ? Pourquoi ne s’est-elle pas barrée ? Plus facile à dire qu’à faire. Plus facile de s’enfoncer dans la merde que de s’en extirper. J’en sais quelque chose. Plus le temps passe, moins tu en as la force. Il y a toujours quelque chose qui te retient. Puis ça finit par devenir une habitude. C’est ton chez-toi, même. C’est confortable, quelque part.

Ma mère est assise sur son lit, elle tord quelque chose entre ses doigts. Je ne voulais plus entendre leurs histoires de couples, mais elle n’a personne à qui parler. J’entends la tristesse dans sa voix, la défaite. Elle ne veut pas partir, alors je lance « T’as plus qu’à attendre qu’il meurt ». Elle rit. Elle a fini par s’habituer à l’humour tordu de sa fille. Elle ne s’habitue pas à la connerie de son fils, par contre. Ce gros lâche, qui, quand il se fait engueuler par son père, vient se plaindre à elle et lui dire que s’il est aussi malheureux, c’est à cause d’eux, qu’ils l’ont bousillé. Dégoûtée par son attitude, je suis bien obligée de reconnaître qu’il a presque raison : c’est Papa qui a fait le mal. Qui a tapé, humilié, rabaissé. A tel point qu’aujourd’hui, je me surprends à crier ou supplier mes filleuls d’arrêter de crier, de sortir du bain, de s’habiller, de descendre manger, de manger parce que je n’ai qu’une peur, c’est qu’il élève la voix et nous engueule. Quand il le fait, intérieurement je me recroqueville. Je me foutrais des baffes d’être comme ça. Elle, elle l’a juste défendu. Un soir, éméchée, je lui ait reproché d’avoir laissé Papa nous faire du mal (oh, pas énormément non plus, pas de marques, rien, puis « ça va, une petite fessée n’a jamais fait de mal »), mais pour elle je disais n’importe quoi, parce que j’étais ivre. Pour Papa, si on était impossibles, c’était à cause de nos gênes, de nos géniteurs psychologiquement détraqués. Rien n’est jamais de sa faute. Puis il y a ces moments, où je ressens tout l’amour qu’il a pour moi, à tel point que ça me donne envie de pleurer, de me sentir aimée comme ça. S’il y a bien une chose qu’on finit par apprendre, c’est que rien, jamais, ni personne, n’est simple. Et c’est épuisant.

Je revois ma mère, assise sur son lit, la tête baissée, les épaules voûtées, et je me dis qu’il est temps d’aller sous la douche et laisser l’eau couler.

Ça faisait longtemps

C’était bien la peine d’ouvrir – encore – un blog, si c’est pour ne jamais écrire quoique ce soit dessus. Au moins, pour celui-là, je ne paie rien.
Donc, depuis le 27 mai dernier (hum…), je suis totalement installée. Tous les murs ont été retapissés ou repeints, tous les meubles sont arrivés et montés, toutes mes affaires sont rangées (enfin, presque). Voilà, je suis chez moi. Ce que j’attendais impatiemment depuis février 2011, date de mon retour de Paris (qui me manque toujours, mais je ne le dis plus, personne ne comprend).
Contrairement, à ce que j’espérais, ma vie n’a pas miraculeusement changée à cause de cette prise d’indépendance. Je n’ai pas maigri. Je ne suis pas devenue sportive. Je ne gère pas mieux mon argent parce que je viens encore de me taper un gros découvert. Ma vie n’est pas plus saine ni heureuse. Paie ton nouveau départ. Je ne suis pas profondément idiote, je sais que rien ne se fait tout seul, et que pour atteindre mes objectifs, il faudrait peut-être que je me bouge le cul un peu.
Je me sens tout de même beaucoup moins malheureuse. Je n’ai plus cette sensation d’être dans une cage, constamment observée, jugée, épiée. Je ne ressens plus ce besoin vital de m’enfuir. Par contre, toujours cette impression que quoique je dise ou fasse, on me le renvoie à la gueule. Comme si les gens n’arrivaient pas à accepter ma façon de penser ou de voir les choses et donc refusaient de me valider. Oui, malgré tous mes efforts, j’ai encore ce besoin de me sentir validée, prise au sérieux, acceptée. Alors que je devrais tous les envoyer se faire foutre.
Il y a bien quelques améliorations, surtout au niveau professionnel. Où j’ose dire non, fermement, sans chercher à me justifier bêtement, avec un pitoyable sourire d’excuse qui supplie mes interlocuteurs de ne pas m’en vouloir. Ce que je me foutrais des baffes quand je me sens comme ça ! Je crois que j’en ai surtout marre qu’on me prenne pour une conne et qu’on se serve de moi (oui, à 31 ans, il serait légèrement temps). « Salut, on te fait un contrat d’une semaine, on te laisse une semaine sans rien, puis on te rappelle pour un autre contrat d’une semaine ». Oui, bien sûr, et moi en attendant, ça me fout dans la merde financièrement parce que mon salaire n’arrive que le 12 du mois suivant, et accessoirement, parfois on m’appelle pour des contrats plus longs que je dois refuser parce que déjà en poste. Du coup, tentative de rappel jeudi : je n’ai même pas daigné répondre. Rappel lundi, même rengaine « On va commencer par un contrat d’une semaine ». Oui, mais non. « Pourtant tu m’avais dit que tu étais disponible en août ». Oui, et toi tu m’avais dit que tu me rappellerais pas avant mi-août, donc je suis en droit de prévoir autre chose et de pas m’attendre à ce que tu me rappelles avant. J’ai failli m’énerver quand je me suis sentie accusée. Toujours en train de devoir se justifier. Cette fois, non, j’ai juste dit que je n’étais pas disponible avant le 16 août, point barre. Il n’y a pas de petite victoire.

Mon programme jusqu’au 12 ? Rester enfermée chez moi, ne pas bouger, ne rien dépenser, histoire de sortir du découvert au plus vite. En espérant ne plus jamais y retomber (tu rêves ma pauvre fille). Heureusement, il y a les internets. Et j’ai plein de bouquins à lire, de films/séries à regarder, de cd à écouter (enfin, Spotify en fait…). Je vais réussir à passer le temps. Je crois.

Enfin seule

Le 25 avril dernier, j’ai enfin eu les clés de mon appartement, après un état des lieux plutôt déprimant. Le principal reproche étant la laideur générale. Il est clair que certaines personnes ont véritablement des goûts de chiotte, et j’aurais tendance à dire que quand on n’est pas doués pour le bricolage (comme moi), soit on s’abstient, soit on demande à des pros. Accessoirement, je me demande sincèrement à quoi sert la caution que l’on verse quand on emménage, vu que la société refuse tous les travaux, même de reboucher un trou dans un mur qui était là depuis deux locataires. Pendant l’état des lieux, je me suis montrée fidèle à moi-même : je me suis écrasée, je n’ai rien exigé, alors que j’aurais du l’ouvrir et insister. J’avoue avoir été déçue par mon père, que j’ai connu plus exigeant et combatif que ça, mais s’est contenté de parler du temps où il bossait aux logements dans une mairie, et de convenir avec le mec chargé de l’état des lieux que « non mais maintenant, c’est n’importe quoi, on donne plus les moyens pour travailler correctement ». J’ai beaucoup apprécié le ton condescendant et paternaliste dudit mec, d’ailleurs, qui s’est permis de me dire en voyant ma tronche « non mais ça va, c’est pas si terrible ». Je ne sais pas quand, mais j’espère vraiment qu’un jour j’apprendrais à remettre les gens à leur place quand ils le méritent, et à me persuader que j’ai le droit d’exiger certaines choses. Evidemment, mon père a vu mon air déçu, et bien sûr « Il est chouette cet appartement pourtant », et deux jours plus tard « Non mais c’est vrai que j’ai été déçu aussi, en le voyant sans les meubles ».  C’est toujours pareil. J’ose dire quand quelque chose ne me va pas, et on me le renvoie toujours en pleine gueule, histoire que je me sente comme une merde pourrie gâtée, puis finalement, on est d’accord. Je voulais me débarrasser d’un meuble accroché trop haut pour moi, ça a commencé par « non mais tu peux mettre ce dont tu sers pas dedans », pour finir par le virer et le foutre à la cave. Ca me gave, vous n’avez pas idée. Ça a beau être mon appartement, c’est comme si ce n’était pas moi qui décidait de quoique ce soit. J’adore quand on me dit oui, d’un ton qui fait comprendre que j’ai tort et que je fais chier. Pour finalement convenir que c’est mieux comme ça. Au final, moi, je ne sais plus du tout comme réagir. Soit je dis rien, soit je me force à affronter les gens tout en ayant envie de me ratatiner sur place parce que je sais que je vais m’en prendre plein dans la gueule. J’aimerais bien qu’un jour on respecte ce que je veux et ce que je dis. Mais je crois que je peux toujours rêver.

Aujourd’hui, il ne reste donc plus que la salle de bain à tapisser. Mon père a fait une fixation sur les toilettes, alors que sincèrement je m’en fous pas mal, et les a repeintes. Mon appartement est donc majoritairement blanc, dont les meubles, sauf le canapé, gris foncé. J’ai acheté une grande bibliothèque, mais pas suffisamment pour tous mes livres et dvd/blu-ray, du coup je suis obligée de faire un tri et d’en virer certains. Et je parle même pas des cd.

Malgré tout le négatif que je relève, je suis quand même contente de vivre enfin seule, même si selon ma collègue intérimaire « je vais m’ennuyer ». D’ailleurs, là aussi, un jour, je pense que je vais péter un câble et envoyer chier les gens, parce que je n’en peux plus, et je ne vois pas quel est l’intérêt d’être polie et souriante, vu que les gens se permettent d’être intrusifs. Je m’en fous qu’elle ne sache pas vivre seule, ça ne me concerne pas. C’est quand même dingue ces gens qui insistent pour te dire comme tu dois vivre ta vie et comment tu dois te sentir. Je sais pas, on dirait carrément qu’ils veulent que je sois malheureuse. Elle a terriblement insisté sur le fait que j’allais me sentir seule, et m’ennuyer, et je me demande ce qu’elle attendait comme réponse : que je m’effondre en larmes en disant que je suis seule au monde ? Déjà qu’elle m’avait fait chier en se foutant de moi parce que, comme je lis des bouquins, je dois aimer lire les courriers des clients (un jour on exterminera cette race de gens qui croient que les passionnés de lecture aiment TOUT lire), donc elle me les donnera dès qu’elle tombera dessus, le tout en me tapotant le dos, ce dont j’ai particulièrement horreur. Je déteste qu’on me touche. J’ai eu la sensation de ces doigts sur mon dos pendant un moment, et je pense que la seule raison pour laquelle je ne me suis dégagée, c’est que c’est arrivé assez vite. Dans quel monde faut-il vivre pour se permettre de toucher quelqu’un comme ça ? Je crois que je vais finir par essayer de me trouver un job à domicile, comme ça j’aurais plus à supporter personne. Rien à faire, plus le temps passe, moins je supporte les autres.

Indécise

Je sais que je fais pas mal chier le monde sur Twitter avec mon envie constante de me barrer loin de ma famille, envie qui revient tous les vendredi soirs quand je dois supporter mes filleuls. Avant je voulais retourner à Paris, mais soyons honnêtes, les prix des loyers sont inabordables, surtout pour une intérimaire qui gagne le SMIC. Du coup je me rabats sur Lyon, qui est encore à peu près correct pour l’instant. Au départ, je voulais partir sans ma voiture (d’où le choix de Lyon, because métro), mais je me dis que si je veux trouver du taff, il vaut mieux être en voiture. Et puis peut-être aussi que je peux emménager juste à côté de Lyon. Ma conseillère du PLIE m’avait proposé d’aller y passer deux semaines pour déposer mes cv dans les agences d’intérim, mais le truc, c’est que pour l’intérim, il faut être sur place pour pouvoir commencer rapidement. Du coup il faudrait que je déménage sans travail.

En fait, je n’arrive pas à me décider. Déjà parce que même si je râle sur mes filleuls, j’ai du mal à envisager l’idée de ne pas les voir grandir et de devenir une étrangère pour eux. Ensuite, parce que…. Je n’arrive même pas à évoquer mon envie à mes parents. J’ai beau préparer les phrases mentalement, je ne trouve pas le courage de leur dire. Je ne trouve pas le courage d’affronter mon père. Rien que de penser à sa réaction, j’ai envie de me rouler en boule dans mon lit et ne plus jamais en sortir.

Pourtant, vu que j’ai un peu d’argent de côté (oui, je sais, c’est un miracle quand on me connaît), ce ne serait pas grave si je ne trouvais pas de travail tout de suite, j’ai de quoi tenir quelques mois. Et au pire, bah, comme quand j’étais à Paris, je pourrais toujours revenir. Sauf que ça voudrait dire revenir chez les parents, en attendant d’avoir un appart, et tout recommencerait.

Alors voilà, je suis totalement indécise. Je me rends compte que malgré mon âge canonique de 30 ans, j’ai toujours vécu à l’ombre de mes parents, que je ne sais rien faire comme une adulte (chercher un appart, s’occuper de sa caisse, etc) et du coup je freine des quatre fers, tout en ayant l’envie constante de me barrer très très loin.

La police des émotions

Je pose ça ici, pour éviter de rentrer violemment dans le lard de quelqu’un (que je ne connais pas en plus) sur Facebook.
Alan Rickman vient de mourir, à 69 ans, d’un cancer. Cette nouvelle m’a fait bizarre, surtout parce que je l’ai reçue sur mon smartphone, via l’application MadmoiZelle (que je vais retirer, donc, parce que ce n’est vraiment pas le genre de nouvelles que j’ai envie de me prendre en pleine gueule pendant que je bosse).

Beaucoup de gens sont touchés par cette mort, comme beaucoup ont été touché par celles de Bowie, Delpech, Galabru (faut admettre que ça commence à faire un peu beaucoup d’affilé quand même, on se calme la Faucheuse).
Et c’est là qu’interviennent les gens qui m’énervent. Ces espèces de crétins pontifiants, qui viennent sauver la foule de sa bêtise, en lui rappelant que des millions de gens meurent dans le monde de causes beaucoup plus grave et dans l’indifférence générale. Pour reprendre le fameux commentaire qui me met hors de moi “Pleins de vieux meurent abandonnés par leur famille qui préfère pleurer la mort de célébrités” (à peu près, je vais pas aller le relire, je vais péter un câble).

Je n’en peux plus de cette putain de police de l’émotion. Ceux-là même qui osent venir dicter aux autres qui ils ont le droit de pleurer et de qui ils doivent se foutre.
Déjà, on fait bien ce qu’on veut. Eh oui, c’est la base. Ensuite, c’est complètement con. Etre triste de la mort d’une célébrité n’empêche absolument pas d’être triste pour la mort de ces millions d’anonymes dont on entend parler chaque jour aux infos et sur le net. D’ailleurs, j’aurais tendance à croire que ceux qui disent s’en foutre de la mort d’une célébrité ont peut-être moins de cœur que les autres, parce qu’ils me semblent que c’est aussi un être humain, avec une famille. Donc d’un côté on reproche (souvent totalement à tort) de différencier les célébrités des anonymes, et de l’autre… on différencie les célébrités des anonymes, en considérant que la mort des uns est moins importante que celle des autres. Top logique les gars.

Le commentaire cité plus haut est dans le top ultime des conneries qu’on peut lire. Il est évident qu’on ne sera pas touché de la même façon s’il s’agit de la mort d’un membre de sa famille  ou d’une célébrité. C’est tellement évident que je pige même pas pourquoi il y a besoin de préciser ça. Quand quelqu’un dit ou écrit “X est mort, je l’aimais beaucoup en tant qu’artiste, je suis triste” ça ne signifie pas la même chose que “Ma mère est morte”. Fin je sais pas, faut réfléchir deux secondes.
Cela étant, faut pas oublier des fois que la famille, c’est de la merde, qu’elle nous fait plus chier qu’autre chose, et qu’il arrive que la mort d’un de ses membres ne nous touche pas plus que ça. Eh ouais, on n’est pas tous les Camden les gens.

Personnellement, je trouve ça normal d’être touché par la mort d’un artiste. Quand Robin Williams est mort, je n’ai certes pas fondu en larmes, mais ça m’a fait un sacré choc, parce que merde, ces films m’ont accompagné toute ma vie, ça représente quelque chose, une partie de moi, de mon enfance. C’est normal d’avoir une tendresse particulière pour un artiste qui vous a accompagné pendant votre enfance.
Si demain tu m’apprends que le chanteur de mon groupe préféré est mort, je vais surement avoir les larmes aux yeux, parce que sa musique, sa voix, m’ont soutenues plus sûrement que tous mes amis (ou, à tout le moins, d’une façon différente), m’ont aidé à tenir le coup, à traverser des épreuves. Oui, l’art aide (d’ailleurs, si ça existe en thérapie, c’est pas pour rien). Quoique cette police de l’émotion en pense, un artiste touche les gens, parfois au plus profond d’eux-mêmes, d’une façon intime, qu’on ne comprend pas forcément toujours très bien d’ailleurs, et leurs œuvres nous aide souvent à nous façonner, à grandir, à évoluer, parce qu’on ne se construit pas uniquement via l’environnement familial.

Au bout d’un moment, qu’est ce que ça peut leur faire, à ces gens-là? D’où il vient le besoin de venir casser les gens pour asseoir sa petite supériorité de pseudo intellectuel? Je les vois pas vraiment s’émouvoir de la mort des milliers d’anonymes non plus, d’ailleurs, en passant. Et je trouve pas ça très empathique de mépriser la tristesse des autres. Donc, je sais pas, allez upgrader vos valeurs morales et foutez-nous la paix en attendant.

Joies de l’intérim

Le soucis, quand on est intérimaire, ce n’est pas d’être appelé n’importe quand, mais d’être appelé au mauvais moment. Quand vous avez prêté votre voiture à votre père, par exemple, ou quand vous avez un rendez-vous pour un appart que vous ne pouvez pas remettre. Vous pouvez ne rien avoir prévu le reste de la semaine, on vous appellera systématiquement le jour où vous ne pourrez pas.